Question de départ
Où en est l’économie des huit pays de l’UEMOA, comment se situent-ils par rapport aux critères de convergence de l’Union, et où va l’économie sénégalaise à court terme ? L’observatoire y répond en publiant des séries officielles contrôlées, en déclarant leurs ruptures, et en accompagnant chaque prévision de son incertitude.
Contexte
Les données macroéconomiques de l’UEMOA existent, mais elles sont dispersées entre bases officielles, formats et fréquences. Pour un étudiant, un analyste ou un décideur, obtenir une vue claire de la croissance, de l’inflation, des finances publiques ou de la dette des huit pays, et savoir ce que ces chiffres permettent d’affirmer, demande beaucoup de travail manuel.
Le projet a commencé en juillet 2026 par un pipeline de prévision sur trois séries du Sénégal ; il est devenu un portail couvrant les huit pays et l’Union.
Données et sources
- BCEAO, via DBnomics (jeux IMECO et TC_A) : 29 indicateurs annuels pour les huit pays et l’agrégat de l’Union, de 1960 à 2024 selon les séries, regroupés en six thèmes : production (11), prix (2), finances publiques (6), échanges extérieurs (5), monnaie (4), change (1).
- FMI, via DBnomics et l’API SDMX du FMI : prix mensuels des matières premières (8 produits, jusqu’en juin 2025), inflation mensuelle (8 pays, jusqu’en juin 2025) et projections par pays des Perspectives de l’économie mondiale, édition d’avril 2026 (2026–2031). Seules les années de projection sont reprises.
- Banque mondiale (World Development Indicators, via son API) : population et conditions de vie dans les profils pays.
- Publications et agenda : rapports et notes de la BCEAO, du FMI et de la Banque mondiale, référencés avec un lien vers le document officiel vérifié, et un agenda des réunions et publications annoncées.
Les données du FMI et celles de la BCEAO ne sont jamais mélangées dans un même graphique ou tableau : leurs champs et leurs révisions diffèrent. Toutes les séries sont téléchargeables en CSV, JSON et PDF.
Méthodologie
Préparation et contrôles
Les séries sont récupérées et contrôlées par le pipeline Python, puis publiées sans lissage ni interpolation :
- chaque ratio en % du PIB est recalculé à partir de sa série en niveau et du PIB nominal ; un écart médian supérieur à 1 point bloque la publication ;
- un ratio publié à exactement zéro alors que la série en niveau ne l’est pas est traité comme une valeur manquante ;
- une valeur absente reste absente, affichée « n.d. », et n’est jamais estimée.
Ruptures de série
Une rupture de série est un changement de définition ou de champ qui rend des années non comparables. L’observatoire ne corrige jamais les valeurs : il déclare la rupture, interrompt les graphiques à cet endroit et n’évalue ni critère ni variation à travers elle. C’est le cas de la dette publique autour de 2022 : par recoupement avec les rapports de la BCEAO, les valeurs antérieures correspondent à l’ordre de grandeur de la dette extérieure, les suivantes à celui de la dette totale. Le critère de dette n’est donc évalué qu’à partir de 2022.
Critères de convergence
Les seuils sont ceux du Pacte de convergence de l’UEMOA (Acte additionnel n° 01/2015/CCEG/UEMOA) : solde budgétaire ≥ −3 % du PIB, inflation ≤ 3 %, dette publique ≤ 70 % du PIB (premier rang), pression fiscale ≥ 20 % du PIB (second rang). Quatre critères sur cinq sont évalués : la masse salariale ne l’est pas, faute de série disponible.
Prévisions
Pour chaque série du Sénégal, un modèle ARIMA(p, d, q) est estimé avec statsmodels, sans composante saisonnière puisque les données sont annuelles. Les ordres sont choisis par recherche systématique, et chaque modèle est comparé à une prévision naïve (répéter la dernière valeur connue) par validation glissante à un pas sur les dix dernières années. Une série n’est publiée que si le modèle fait mieux. Les prévisions portent sur les deux années qui suivent la dernière observation, et sont recalculées à chaque mise à jour.
Signaux calculés
Des règles fixes produisent les signaux et points d’attention affichés : intervalle à 95 % qui contient zéro, valeur centrale qui varie de plus de 25 % entre les deux années prévues, série sans prévision publiée ; et, pour la dernière année, dette au-dessus de 70 % du PIB, respect du critère budgétaire, hausse de l’inflation, pression fiscale record. Aucune règle ne compare des années séparées par une rupture.
Architecture et pipeline
- Pipeline (Python) : ingestion depuis DBnomics, l’API SDMX du FMI et l’API de la Banque mondiale ; export des indicateurs des huit pays (
export_portail.py), module de prévision et métriques, agenda institutionnel (export_agenda.py), journal des mises à jour ; tests du module de prévision ; actualisation mensuelle par une tâche planifiée. - Interface : React, Vite, Recharts, bilingue FR / EN. Rubriques Conjoncture (avec Convergence et Prévisions), Analyses, Pays, Données, Publications, Agenda, Méthodologie, et une recherche globale.
- Hébergement : Vercel.
Expérimentations
Le modèle face à la prévision naïve
Erreur moyenne absolue (MAE) en validation glissante à un pas sur dix ans, dans l’unité de chaque série :
| Série (Sénégal) | Modèle | MAE du modèle | MAE naïve | Gain |
|---|---|---|---|---|
| Inflation | ARIMA (1,1,2) | 1,42 | 2,37 | −40 % |
| PIB nominal | ARIMA (2,1,0) | 361,61 | 1 059,06 | −66 % |
| PIB — Agriculture | ARIMA (1,1,1) | 152,77 | 236,87 | −35 % |
| PIB — Industrie | ARIMA (1,1,1) | 155,10 | 288,72 | −46 % |
| PIB — Services | ARIMA (2,1,2) | 211,40 | 533,46 | −60 % |
| Masse monétaire (M2) | ARIMA (2,0,0) | 323,08 | 709,77 | −54 % |
| Taux de change FCFA / USD | ARIMA (1,0,0) | 28,45 | 28,47 | ≈ 0 : non publiée |
Un SARIMAX reliant le prix du pétrole à l’inflation a aussi été testé, pour passer de la prévision à l’analyse de scénarios : voir Ce qui n’a pas fonctionné et la note Pourquoi le simulateur « et si » reste désactivé.
Résultats
Convergence
En 2024, aucun des huit pays ne respecte l’ensemble des critères évalués, ni même les trois critères de premier rang à la fois. Le Bénin, le Mali et le Togo en respectent deux. Le critère de pression fiscale de 20 % du PIB n’a été atteint par aucun pays depuis le début de la série en 2001.
Prévisions pour le Sénégal
Valeurs publiées (calcul du 07/10/2026, données jusqu’en 2024) :
| Série | 2025 (estimation) | IC 95 % | 2026 (estimation) | IC 95 % |
|---|---|---|---|---|
| Inflation | 2,9 % | −1,3 % à 7,0 % | 1,7 % | −3,2 % à 6,5 % |
| PIB nominal (Mds FCFA) | 21 920 | 21 437 à 22 403 | 23 476 | 22 559 à 24 392 |
| PIB — Agriculture | 4 003 | 3 823 à 4 183 | 4 327 | 4 030 à 4 624 |
| PIB — Industrie | 5 585 | 5 417 à 5 753 | 6 017 | 5 729 à 6 304 |
| PIB — Services | 12 160 | 11 861 à 12 460 | 12 775 | 12 304 à 13 247 |
| Masse monétaire M2 | 10 477 | 9 948 à 11 007 | 10 654 | 9 538 à 11 769 |
| Taux de change | Pas de prévision publiée : marche aléatoire | |||
Les valeurs sont recalculées à chaque mise à jour : les chiffres à jour sont sur l’observatoire.
Limites
- Données annuelles, arrêtées en 2024. Les séries ne sont pas infra-annuelles ; les échantillons restent courts (l’inflation commence en 1998), donc les intervalles de confiance sont larges.
- Prévisions limitées au Sénégal. Les autres pays sont couverts par les données, pas par les prévisions.
- Séries incomplètes. Certaines séries commencent plus tard pour la Guinée-Bissau ; la masse monétaire n’est disponible qu’à partir de 2004.
- Rupture de la dette publique en 2022, déclarée mais non corrigée : aucune comparaison n’est faite à travers elle.
- Masse salariale : le cinquième critère de convergence n’est pas évalué, faute de série.
Ce qui n’a pas fonctionné
- Prévoir le taux de change. La série se comporte comme une marche aléatoire : le meilleur modèle ne fait pas mieux que la dernière valeur connue (MAE 28,45 contre 28,47). Aucune prévision n’est publiée.
- Le simulateur « et si ». Avec un échantillon annuel de moins de 30 années, le lien entre prix du pétrole et inflation n’est pas statistiquement fiable. La fonctionnalité n’est pas publiée plutôt que d’afficher un résultat non prouvé.
Interprétation
- Sur six séries sur sept, l’ARIMA réduit nettement l’erreur par rapport au modèle naïf (de 35 à 66 %) : la modélisation apporte une information réelle sur ces séries.
- Pour l’inflation, l’intervalle de confiance contient zéro en 2025 comme en 2026 : le modèle ne permet pas de dire si l’inflation sera positive ou négative.
- Pour le taux de change, la conclusion utile est l’absence de prévisibilité avec ces méthodes et ces données.
- Le portail montre surtout des écarts persistants aux critères de convergence ; il les décrit à partir des séries publiées, sans les expliquer.
État actuel
Le portail est en ligne, mis à jour le 08/10/2026, et toujours en évolution.
- Pipeline de prévisionCollecte automatique de trois séries du Sénégal (inflation, taux de change, PIB), comparaison au modèle naïf, prototype Streamlit, puis extension aux secteurs d'activité, à la masse monétaire, aux réserves et à la balance commerciale.
- Premier dashboard publicInterface React, prévisions avec intervalles de confiance, comparaison de quatre pays, simulateur testé et non publié, actualisation mensuelle automatisée.
- Portail des huit pays29 indicateurs BCEAO pour les huit pays et l'Union, contrôles et ruptures de série déclarées, critères de convergence, profils pays, données du FMI et de la Banque mondiale, six analyses, publications et agenda des institutions.
Prochaines pistes
- Prévisions au-delà du SénégalLes données couvrent les huit pays ; les prévisions, aujourd'hui limitées au Sénégal, pourraient suivre.
- Scénarios et aide à la décisionRéactiver le simulateur « et si » si des séries plus longues ou plus fréquentes rendent le lien pétrole–inflation mesurable.
